Que nous révèlent les nouvelles tendances de consommation ?

Publié le 16 juin 2026 par Jane POURRIER

Que nous révèlent les nouvelles tendances de consommation ?

Rafael Del Rey était un des intervenants invités pour ouvrir la 4e édition de sparkling wine forum, qui s’est déroulée à Reims le 19 mai dernier. Il a animé ainsi une conférence très remarquée, Sparkling News est allé à sa rencontre !

Rafael Del Rey est consultant indépendant, spécialiste des marchés viticoles internationaux et analyse les tendances de consommation. Son objectif est d'aider les entreprises, les viticulteurs et les institutions à prendre de meilleures décisions. Fort de plus de 31 ans d’expérience dans le secteur viticole, il est une référence en la matière. Après avoir travaillé au sein d'associations de vignerons à Rioja, en Espagne, il a décidé de créer, « The Spanish Observatory of Wine Market », afin de suivre les tendances du marché et placer le consommateur au cœur des recherches.

Les travaux de Rafael Del Rey sur les habitudes de consommation s'appuient sur des données officielles issues de sondages ou fournies par les administrations fiscales de plus de 190 pays. Son expertise en matière d'analyse des tendances lui permet de faire des comparaisons entre les différents marchés internationaux puis de mettre en évidence les meilleures stratégies à adopter.

Selon Rafael Del Rey « Le vin effervescent représente l’une des quatre principales catégories économiques dans le marché du vin et l'une des plus importantes. Il représente un tiers de la valeur totale des ventes de vin. » D'après son analyse, l’effervescent est la catégorie qui connaît la plus forte croissance, avec de grands producteurs comme la France, l'Italie et l'Espagne. En observant l’intérêt des consommateurs pour le Prosecco ces dernières années, il semble que ce soit le vin effervescent qu'ils préfèrent. Les consommateurs semblent rechercher des vins frais, effervescents et populaires. Même si les vins effervescents subissent la crise au même titre que les autres catégories de vin, ils restent tendances et moins pénalisés que les vins tranquilles.

La crise frappe et met en valeur les différences entre les marchés 

Depuis 2022, le secteur viticole traverse une crise majeure à l'échelle mondiale, mais ce n'est pas la première fois que ce marché est frappé par une crise. Dans les années 1990, alors que les ventes étaient en baisse, Rafael Del Rey explique avoir observé un « paradoxe français » se mettre en place. Aux États-Unis, en pleine crise, les consommateurs ont continué à importer des vins français poussés par leur réputation reflétant élégance et qualité gustative. Aujourd'hui, la crise que nous traversons est tout à fait différente : « Pour la première fois, je constate que les régions et les vins les plus touchés sont les vins rouges traditionnels issus de régions viticoles comme Bordeaux. » Cette nouveauté suggère que les habitudes de consommation sont en train d'évoluer. Il semble désormais que les consommateurs s'intéressent davantage aux vins plus frais, plus sucrés et aux boissons à base de vin, comme l'Aperol Spritz, bien que ce phénomène s’applique à d’autres vins. Rafael Del Rey conseille donc « de suivre de très près l'évolution du marché ».

Pendant la crise, alors que l'Italie et la France ont choisi de baisser le prix des bouteilles afin de maintenir le volume des ventes, l'Espagne a préféré augmenter ces prix tout en vendant à volume réduit, entraînant l’une des pires baisses de ventes du pays. Leur stratégie repose sur le « repositionnement » du Cava sur le marché des vins effervescents en lui donnant une meilleure image parmi les vins effervescents les plus qualitatifs du monde. « Il semble que la France et l'Italie aient opté pour une stratégie leur permettant de baisser les prix pour gagner en attractivité, à l'inverse de l'Espagne ». Selon Rafael Del Rey, l'Espagne continue de vouloir repositionner le cava sur le marché, mais il estime que ce n'est probablement pas le meilleur moment pour le faire, car le marché traverse actuellement une crise mondiale.

Un premier trimestre 2026 décevant

Lors de son intervention au Sparkling Wine Forum 2026, Rafael Del Rey a brièvement évoqué les chiffres qu'il a recueillis pour le premier trimestre 2026 sur le marché américain inquiétants. Ce premier trimestre révèle qu'aux États-Unis, une nouvelle baisse des importations est observée et qui touche à la fois les volumes et les prix. Pour Rafael Del Rey : « C'est un sujet de préoccupation, car ce déclin pourrait être lié à la hausse des taxes imposée l'été dernier. Mais ce problème pourrait aussi s'expliquer par une baisse de la consommation ; c'est un élément que nous devons suivre de très près. » En revanche, la France et l'Italie semblent bien s'en sortir en poursuivant leurs stratégies. Malheureusement, l'Espagne a perdu plus de la moitié de ses ventes sur le marché américain au premier trimestre 2026. « C’est vraiment difficile de savoir ce qui va se passer cette année, mais il faut faire la distinction entre problèmes structurels et structurels. La hausse des droits de douane américains est probablement un problème temporaire auquel nous saurons faire face. Cependant, le problème structurel pourrait être le recul de la consommation. Il faudra voir comment ces deux facteurs influenceront les ventes. »

De nouvelles possibilités à exploiter sur des marchés parfois inédits

Même si certains marchés, comme celui des États-Unis, ont tendance à devenir difficiles d'accès, d'autres marchés s'avèrent de plus en plus intéressants pour l'exportation. En raison de la hausse des taxes aux États-Unis, le Canada s'est imposé comme une excellente opportunité commerciale. Il existe également des marchés intéressants en Amérique latine, comme le Mexique, la République dominicaine, la Colombie etc…

Toujours selon Rafael Del Rey, il existe également des opportunités très intéressantes dans certains pays africains, même s'il s'agit de petits marchés. « En réalité, cela dépend de beaucoup de facteurs. L'autre jour, je regardais des chiffres qui concernent le Portugal, où les ventes de vin effervescent sont en légère hausse. Et même s'ils ne sont pas spécialisés dans ce type de vin, ils augmentent leurs exportations vers la Russie, un marché très difficile à l'heure actuelle. » L'Asie offre également de nouvelles opportunités. Tout dépend du type de produit même si les consommateurs ont tendance à préférer les vins doux et sucrés.

Ce qui étonne Rafael Del Rey, c'est que la France ait augmenté ses importations de vins effervescents italiens de 23 %  en pleine crise de 2025. Selon lui, plusieurs facteurs entrent en jeu, le premier est lié aux consommateurs. En effet, les consommateurs français et internationaux préfèrent les vins effervescents sucrés et doux, ce qui correspond parfaitement au Prosecco. Mais il n'y a pas seulement la consommation de Prosecco qui augmente, le crémant est aussi de plus en plus populaire en France. L’explosion de la consommation de Spritz est aussi un facteur important. Cette nouvelle boisson à la mode incite les consommateurs à essayer, à commander et à consommer de manière quotidienne. Rafael Del Rey explique également que le prix est un facteur de croissance. Alors selon lui, la combinaison du goût, de l'accessibilité du produit, de l’image populaire et du prix est la clé de ce succès. Selon lui, il existe des opportunités dans de nombreux pays et sur de nombreux segments du marché, mais l'essentiel reste de se concentrer sur le point de vue du consommateur.

La nouvelle tendance des cocktails et du Spritz 

En ce qui concerne les nouvelles tendances, le Spritz est une boisson à suivre de près, car sa consommation ne cesse d’augmenter chaque année. « J'ai pris conscience de l'importance du Spritz lorsqu'un collègue italien m'a dit que 3 litres de Prosecco sur 5 étaient utilisés pour préparer des cocktails ». Après avoir entendu ça, Rafael Del Rey a tenté d'analyser la consommation de Spritz avec l'aide d'autres experts et ils ont pu prouver que le succès du prosecco était principalement dû à ces cocktails. L'Aperol Spritz est de plus en plus présent sur les tables des terrasses du monde entier grâce à sa popularité auprès des jeunes. 

Un soir en se promenant dans le centre-ville de Madrid, Rafael Del Rey a remarqué une « Spritzeria », un établissement proposant différentes variétés de Spritz. Depuis quelques années les boissons alternatives, les vins sans alcool et les cocktails gagnent en popularité. Selon Rafael Del Rey, « ce phénomène des cocktails ne concerne pas seulement les vins effervescents, mais tous les types de vins ».

Placer le consommateur au centre de la production 

Ce que Rafael Del Rey cherche à faire à travers son travail et ses analyses, c’est de faire évoluer les mentalités au sein de la filière viticole. Il souhaite montrer que le point de vue des consommateurs est très important et riche, et que les producteurs doivent être à l'écoute et tenir compte des tendances de consommation. « La fabrication du vin est une activité si belle et si magique que les vignerons se sont davantage préoccupés de la production que de la consommation mais ce manque d'informations sur les consommateurs a toujours été un problème. » Mais Rafael Del Rey se veut rassurant, cette vision privilégiant la « production avant tout » est en train de changer. Dans le cadre de son travail, il constate l'émergence de nouvelles préoccupations chez les consommateurs et observe de nouvelles tendances. La différence entre cette crise et les précédentes est que les producteurs semblent réagir beaucoup plus rapidement qu’avant. Cette réactivité permet la création d’une véritable avalanche de nouvelles boissons sur le marché qui constitue une petite révolution.

Les producteurs sont de plus en plus en mesure de s'adapter aux tendances de consommation. Plus la réaction est rapide, meilleurs seront les résultats obtenus par les entreprises.

La principale raison de la présence de Rafael Del Rey au Sparkling Wine Forum était de présenter son travail et les données qu’il a recueillies, ainsi que d'échanger avec d'autres spécialistes, producteurs, viticulteurs ou entreprises afin de recueillir leur point de vue sur l'évolution du marché. « Mon expertise repose à la fois sur les données recueillies et sur l'expérience des producteurs, c’est très important pour moi d’avoir un retour des deux côtés. » Et même si Rafael Del Rey évoque une crise et constate une baisse relative des chiffres, il s'efforce toujours de rester positif « Il existe des opportunités sur de nouveaux marchés et dans de nouveaux produits ; l'essentiel est de suivre ce que le marché nous indique en matière de goûts, de commercialisation et de consommation du vin, et d'améliorer nos capacités de distribution. » Le plus important est de « parvenir à proposer nos vins à nos consommateurs »