Pierre-Louis Teissedre : un parcours au croisement de la recherche, de l’enseignement et des enjeux œnologiques
Professeur à l’Université de Bordeaux et acteur engagé dans plusieurs instances nationales et internationales, Pierre-Louis Teissedre intervient depuis plus de 30 ans dans le domaine de l’œnologie. Son parcours mêle enseignement, recherche et participation active aux évolutions de la filière viti-vinicole.
© G. Dufau
"Enracinée dans une tradition séculaire, l'industrie viti-vinicole se doit aujourd'hui de conjuguer son héritage avec l'innovation pour répondre aux défis du futur. Le vin n'a pas dit son dernier mot : c'est avec passion, créativité et vision que nous continuerons à faire rayonner nos terroirs, à innover pour préserver la qualité de nos vins et à nourrir l'âme de la viticulture pour les générations à venir. Ensemble, écrivons l'avenir de notre filière en alliant savoir-faire ancestral et technologies de demain." - Pierre-Louis Teissedre
De Montpellier à Bordeaux, un parcours universitaire tourné vers l’œnologie
Pierre-Louis Teissedre est œnologue de formation. Il débute ses études à la faculté de pharmacie de Montpellier, où il obtient son diplôme puis réalise une thèse sur la présence de plomb dans le vin, dans un contexte de préoccupation autour des métaux lourds. Après sa thèse, il part aux États-Unis pour un post-doctorat à l’Université de Californie (Davis), au sein du département de viticulture et d’œnologie. Il y travaille sur les polyphénols du raisin et du vin, leurs effets potentiels sur la santé et leurs propriétés sensorielles.
De retour à Montpellier, il devient maître de conférences à la faculté de pharmacie, où il participe à l’enseignement du diplôme national d’œnologue. En 2005, il est nommé professeur à l’université de Bordeaux, dans l’ancienne faculté d’œnologie devenue l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (ISVV). Il y assure des cours dans plusieurs formations, dont le diplôme national d’œnologue, un master sciences de la vigne et vin, et un master en œnotourisme (Wintour).
Pour son activité de recherche scientifique, il fait partie d’un groupe de recherche d’une dizaine de personnes avec à la fois des chercheurs, des enseignants, des étudiants en master, des doctorants ou encore des post-doctorants. Ce groupe de recherche est ciblé sur les aspects des polyphénols du raisin et du vin, la qualité des vins, l’élevage en barriques ou en bois de chêne et s’intéresse particulièrement à la composition phénolique du raisin et du vin ainsi que l’impact des constituants du vin sur le plan sensoriel et biologique.
Accompagner l’évolution des pratiques œnologiques et des formations
Depuis 2019, Pierre-Louis Teissedre est premier vice-président de l’Union des Œnologues de France. À ce titre, il a piloté la réforme du diplôme national d’œnologue, dont la mise à jour a été actée en 2021–2022. Ce travail a été mené en lien étroit avec les professionnels du secteur, les établissements de formation et les représentants de la filière, dans le but d’adapter le contenu pédagogique aux réalités actuelles du métier et aux nouvelles attentes du terrain.
Dans la continuité de cet engagement, il est également co-président depuis 2024 de l’Union Internationale des Œnologues, après en avoir été vice-président. Cette organisation, qui rassemble une dizaine de pays, travaille à l’harmonisation des formations et à la reconnaissance des compétences œnologiques au niveau international. Elle porte aussi des réflexions sur les pratiques œnologiques liées à la transition écologique, à la durabilité, à la qualité des produits et à l’évolution des attentes des consommateurs.
Ces engagements s’inscrivent dans une volonté de faire évoluer la profession d’œnologue dans un contexte de mutations techniques, environnementales et sociétales, tout en assurant la transmission des compétences.
Une implication forte dans les instances scientifiques internationales
En mars 2025, Pierre-Louis Teissedre devient deuxième vice-président du conseil scientifique et technique de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV). Ce conseil regroupe les experts scientifiques des pays membres et veille à la mise en œuvre du plan stratégique global de l’organisation. Avant cela, il avait occupé les fonctions de secrétaire scientifique, puis de président de la commission « Sécurité et santé ».
Il est aussi directeur adjoint de l’ISVV en charge des relations internationales, avec pour mission de structurer les partenariats sur les volets formation, recherche et projets internationaux.
Enjeux de transition pour la filière : évolutions des pratiques, attentes sociétales et rôle de l’œnologue
Pour Pierre-Louis Teissedre, la filière viti-vinicole traverse aujourd’hui une phase de transition majeure. Plusieurs évolutions structurantes transforment le métier d’œnologue et les pratiques de production. D’un côté, il y a des attentes croissantes de la part des consommateurs : des produits plus authentiques, moins interventionnistes, plus en lien avec leur origine. De l’autre, des contraintes techniques et environnementales qui appellent à des réponses concrètes.
Parmi les enjeux identifiés, il cite la réduction des intrants, la bio-protection, le développement de variétés résistantes aux maladies et à la sécheresse, ou encore l’adaptation au changement climatique. Il souligne aussi l’importance de la diminution des produits phytopharmaceutiques, et la recherche de solutions plus durables et respectueuses de l’environnement.
À cela s’ajoutent les mutations des marchés : l’émergence des vins à faible ou sans alcool (segment « No/Low »), la baisse de consommation des vins rouges, ou encore l’évolution des moments de consommation. Pour Pierre-Louis Teissedre, ces tendances imposent une adaptation de l’offre, tout en garantissant la qualité, la typicité et l’origine des produits. Il insiste également sur l’importance de préserver le plaisir sensoriel, qui reste au cœur de la consommation de vin.
Le rôle de l’œnologue, dans ce contexte, est selon lui central. Il rappelle que de nombreuses pratiques œnologiques sont placées sous sa responsabilité directe. L’œnologue intervient à la croisée des connaissances scientifiques, des réalités techniques et des attentes sociétales. Il doit être capable d’apporter des solutions applicables sur le terrain, en lien avec les entreprises, les producteurs et les différents acteurs de la filière. Cela suppose à la fois une solide base scientifique et une capacité d’adaptation aux situations concrètes. Il souligne aussi l'importance du travail en équipe pour répondre à ces défis de manière efficace.
Enfin, il évoque des enjeux plus transversaux : la valorisation du vin en tant que produit culturel, l’essor de l’œnotourisme, et la nécessité de défendre une consommation modérée et raisonnée dans le cadre des repas. Il déplore la tendance actuelle à l’ostracisation du vin au nom de la lutte contre l’alcool, et rappelle qu’il s’agit d’un produit complexe, lié à un territoire et à une histoire, qui a toute sa place dans une alimentation équilibrée.
